• En tant qu'infirmier, j'ai souvent constaté l'importance du sommeil dans le rétablissement de mes patients. Lorsque j'ai vu que c'était un problème, que nos patients avaient du mal à se reposer à cause du bruit et des dérangements, je savais que je voulais faire quelque chose pour remédier à la situation. C'est pourquoi je me suis lancé dans ce projet.

  • Je me suis vite rendu compte qu'il fallait oser faire les choses différemment. Curieusement, on a dû travailler avec la technologie pour revenir à la base des soins aux patients : le sommeil.

    Ce n’est pas évident de parler moins fort, de faire moins de bruit, en plus des appareils qui sonnent constamment, mais l'équipe des Soins intensifs a su avoir l'esprit ouvert et a embarqué dans cette aventure pour améliorer les soins qu'on offre à nos patients.

  • Avec le recul, c'est certain que je suis fier du travail qu'on a accompli et de constater le bien que ça apporte à nos patients, mais je suis aussi reconnaissant d'avoir pu profiter de ce projet pour en faire une expérience d'apprentissage qui m'a permis de me développer comme professionnel de la santé.

Un aspect essentiel du rétablissement, c’est de se reposer.

Mais tentez de dormir pendant qu’un moniteur cardiaque sonne, qu’une livraison de matériel arrive devant votre chambre, qu'une porte claque à répétition, ou encore qu’une équipe prend le relais d’une autre au changement de quart.

Pas facile? C’est précisément le problème identifié par l’équipe des Soins intensifs, qui s’est penchée sur des solutions pour réduire le bruit et permettre aux patients de mieux se reposer.

L'équipe avait reçu plus de plaintes sur le bruit et l’interruption de sommeil de la part des patients, au cours des derniers mois.

Des bruits de plus de 105 décibels se faisaient entendre

entre 20 et 30 fois par heure
avec un pic de 70 fois vers 11h du matin
et des douzaines de fois même en pleine nuit

Trop de bruit et le manque de sommeil nuisent au rétablissement, peuvent entraîner des complications et prolonger les durées de séjour.

« L'environnement était très bruyant. La machine du voisin "bipait" continuellement… je n'étais pas capable de me reposer. »

Plainte d'une patiente

Rico Audet, spécialiste en informatique clinique, a été détaché de son poste pour mener ce projet. Des consultations ont donc été faites avec des membres du personnel de l’unité et une patiente-partenaire. Une constatation surprenante attendait Rico.

C’est le personnel qui causait le plus de bruit!

L'équipe a réalisé qu'il fallait travailler sur les habitudes et la culture de travail. Un plan d’amélioration a donc été élaboré. Rico et l'équipe ont d'abord bâti une formation sur mesure et jusqu’à présent, toutes les infirmières des Soins intensifs l’ont reçue, sans compter les autres professionnels. La formation fait aussi dorénavant partie de l'orientation spécifique des nouvelles infirmières de l'unité.

100 % des infirmières des Soins intensifs ont suivi la formation

L'équipe a modifié les paramètres par défaut des alarmes des moniteurs cardiaques pour réduire les alarmes inutiles et ainsi éliminer plusieurs bruits, directement dans l'environnement du patient. À la suggestion de Rico, un décibelmètre SoundEar III, un dispositif qui avertit les gens présents quand ils font trop de bruit, a été installé. L'appareil permet d'obtenir un rapport des tendances pour savoir à quels moments il y a le plus de bruit et remédier à la situation.

« Je crois que c’est une initiative qui va nous aider à donner des soins centrés sur les patients. On commence déjà à voir une différence, même le jour. »

Isabel Smith
Infirmière autorisée aux Soins intensifs, Montfort

Officiellement en vigueur depuis le 18 décembre dernier, ces mesures font déjà des heureux. « Les gens semblent beaucoup plus conscients de leurs actions et des sources de bruit.

Le projet pourra être répliqué dans d'autres secteurs de l'hôpital puisque la Fondation de l'Hôpital Montfort a acheté une dizaine de décibelmètres qui seront installés sous peu dans diverses unités.

Pour son projet d’amélioration, Rico a obtenu du financement du programme de bourse en pratique clinique avancée de l’Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario. Ce programme permet à des infirmiers, comme Rico, d'acquérir une expérience d'autoapprentissage et de développer des connaissances et des compétences cliniques, de leadership ou de mise en œuvre de lignes directrices sur les pratiques exemplaires.

Rico en a profité pour développer son projet dans le cadre d'une formation ceinture verte Lean. Il a ainsi pu mettre à profit les outils de cette méthodologie pour atteindre ces objectifs. Le projet de Rico lui a également valu le prix Sirius 2018 pour l'innovation, lors du Gala du mérite Montfort.

« Sans cette opportunité de formation, le projet n'aurait probablement pas vu le jour.»

Rico Audet
Spécialiste en informatique clinique, Montfort

Le projet de Rico s'inscrit dans le cadre de la Stratégie 21 de Montfort de réaliser pleinement les attributs d'un hôpital universitaire, en permettant que « les personnes tirent avantage d’activités soutenant le développement d’une culture du savoir ».